Le Maître : Nguyen Duc Moc

Sur les traces du Maître

Beaucoup de témoignages concernant Nguyen Duc Moc, sont oraux, transmis de bouche à oreille et demanderaient donc des recoupements, des recherches par exemple dans les archives (si elles ont été conservées) de la Main d’Œuvre Indochinoise (supprimée en 55) dépendant du ministère des colonies, dans celles des services des armées, dans l’état civil indochinois d’avant 1935, … si elles existent. La période a été très troublée, de nombreuses archives ont été perdues ou détruites, de nombreuses identités ont été changées pour cause de résistance, de politique, de police, de retraite ou autres...

 

A ces obstacles s’ajoutent ceux de la langue (vietnamien, sinogrammes du vietnamien ancien, chinois pour l’instructeur du maître), obstacle de la connaissance de l’itinéraire de Nguyen Duc Moc à la fin de son adolescence (au Viet Nam ou en Chine, ou les deux, avec son Maître ?).

 

Les grands changements qu’ils soient politiques, sociaux, technologiques que Nguyen Duc Moc a du connaître au cours de sa vie ne facilitent pas du tout la compréhension et l’interprétation de son histoire – il est difficile d’imaginer qu’il est passé d’une vie dans la nature, dans la campagne verdoyante du Nord Viet Nam d’avant 1940 (il y a plus de 70 ans !) à la vie en banlieue parisienne dans laquelle le ‘’confort’’ moderne et la consommation s’imposaient de plus en plus – il est passé aussi du bâton long à la kalachnikov, au napalm, à ‘’l’agent orange’’.   

 

Pour simplement donner une date de naissance, les difficultés commencent, il y a ce qui se dit, il y a ce que disent les archives – nous n’avons eu accès qu’à celles de la préfecture de police) de Paris (demande de création pour la Fédération du Võ Viêt Nam) et aux notes des renseignements généraux pour la période 1968. Maître Nguyên Duc Môc est né au Nord du Viêtnam, dans la province de Bac Ninh (actuel Ha Bac) « Nguyen Duc Moc alias ‘’Maître Ngo Duc Nem’’, né le 15 décembre 1921 à Bac Ninh (V.N.), de Nguyen-Duc Trac et de Nguyen Thi-Gai  . … Depuis le 10 mai 1956, il est domicilié 42 rue Lucien Sampaix à Paris (10ème). …. Entré en France le 9 décembre 1939, il a contracté à cette époque un engagement volontaire … » Archives renseignements généraux, fiche postérieure à 1960 probablement 1969.

 

 

Il y a également l’identité fournie par Nguyen Duc Moc pour déposer la déclaration d’association (extrait) :

 

Direction des archives départementales 137, avenue Joliot-Curie 92000 NANTERRE, déclaration de modification du 24/02/1958 signée N.D.Moc 

 

En attendant que d’autres archives démentent cette date, donnée également par la mère d’un des premiers élèves du maître et originaire du même village, nous retiendrons cette date du 15 décembre 1921. Cette simple question de date montre l’importance de s’appuyer sur des informations référencées, en effet cette date est incompatible avec la biographie la plus fréquemment donnée sur divers sites via Internet.  

 

La question se pose dans les mêmes termes pour l’instructeur chinois du Maître – jusqu’en 1980 environ, Maître Moc ne donnait pas son nom, son activité et encore moins son origine, ensuite ces indications sont apparues. Il est difficile d’imaginer que le maître en pleine force de l’âge ait oublié le nom de son Maître ; reste alors des témoignages qui contredisent d’autres témoignages que seule une recherche historique documentée et référencée pourra départager.

 

C’est en 1939, que Nguyen Duc Moc est arrivé en France en tant que militaire pour soutenir l’effort de guerre contre l’invasion allemande. Il importe ainsi sa technique un Võ de village, tradition martiale familiale, fécondée par l’enseignement d’un maître chinois, son style peut être qualifié de style sino-vietnamien.

 

Après la fin de la guerre Maître Nguyen Duc Moc connaît le sort de nombreux de ses compatriotes, anciens militaires ou anciens travailleurs requis (Main d’Œuvre Indigène) qui étaient venus remplacer dans les usines les français mobilisés. Conditions de vie difficiles ; exposés à la méfiance à la discrimination, un certain nombre de vietnamiens s’organise dès 1947, en ‘’Rassemblement des émigrés Annamites en France’’ puis à partir de 1952 en Union des Vietnamiens pour toute la France, qui deviendra ensuite l’UGVF. Nguyen Duc Moc met son expertise au service de ces associations de solidarité.

 

 

Chez Renault où il est ouvrier, depuis 1948 semble-t-il, le racisme et l’agressivité en plus de la passion pour le Võ encouragent Nguyen Duc Moc à enseigner sa technique à quelques camarades de travail (vietnamiens, algériens, …) et à ses proches. En 1954 lorsque la guerre d’Indochine cesse, le contexte change et les associations vietnamiennes s’ouvrent au renforcement de l’amitié franco-vietnamienne, la pratique du Võ de Nguyen Duc Moc est une excellente opportunité. Avec le soutien de l’Union des Vietnamiens pour toute la France présidée par le Docteur Nguyen Khac Vien, Maître Nguyen Duc Moc fonde la Fédération du Võ Viêt Nam avec Ho Van Son.