Le Symbole du Võ Viêt Nam : interprétation

 

Figure symbolique traditionnelle de la Fédération du Võ Viêt Nam, le visuel de la  montagne jaune qui émerge comme d’un nuage formé au premier plan par le dragon rouge. Rouge-sang ,il est le roi des dragons des eaux et des quatre points cardinaux, ce dragon a la faculté, entre autres, de se transformer en nuages ou en sources. Comprendre la signification de l’ensemble, comprendre ce qui est représenté, nommé et ainsi suggérer peut nous parler, peut-être nous donne-t-il des indications sur les racines et l’esprit de la technique que nous essayons de pratiquer.

 

 écusson d'une tenue de 1972 


La Montagne

són

shan- shān

 

La montagne lieu de l’initiation, axe vertical entre ciel et terre, résidence des esprits, temple, souvent associés aux 5 dynamismes du monde (ou dans l’imparfaite traduction : éléments, à savoir métal, eau, bois, feu, terre), lieu de révélation, d’illumination, espace qui relie le ciel et la terre qui permet à la vie de descendre sur terre. Elle symbolise le yang, la stabilité, la solidité, le lieu de retraite du sage. Dans les supports de méditation taoïstes, la montagne est représentation du corps, du souffle de l’homme en recherche. La montagne qui se dresse est une invitation à l’ascension, l’ascension spirituelle ? Au moins invitation à l’amélioration.

 

Cette montagne a trois cimes, comme dans beaucoup de tableaux chinois, ce qui ajoute le symbolisme du nombre trois : le 3, anciennement figuré par le triangle, caractère chinois tsi, exprime la notion d’union et d’harmonie. Il résume l’homme, produit de l’union du Ciel(le 1) et de la Terre (le 2) dans la pensée Taoïste. « Le Tao produit un ; un produit deux ; deux produit trois … » (Tao-te-king, 42).  Le 3 exprime la totalité, l’achèvement de la manifestation.                                                                                 

 

Il y a une grande différence entre une montagne isolée et un massif a 3 sommets. Cette différence n’est pas due à la taille ou à la hauteur des cimes, mais au fait qu’elles soient en troupeau, organisées le long d’une épine dorsale, comme celle d’un dragon endormi sous la terre et dont les os des vertèbres modèlent le relief de la terre. C’est l’énergie enfouie. La main gauche verticale du salut est la montagne, symbole du yang, le principe mâle ; elle matérialise ce qui ‘’est’’.

La Dragon

long / lóng

(En caractères traditionnels)

 

Le dragon, anciennement symbole réservé de l'empereur (avec 5 griffes), incarne la course et la danse du principe vital en ses multiples et changeantes manifestations, le changement.

 

Lorsque la représentation offrait un dragon à 4 griffes elle concernait un prince (époques Ming et Yuan). Il est le symbole de la fécondité car maître de la pluie bienfaisante. Le dragon représente la résolution des contraires, le brouillard dans lequel les hommes sont plongés et l’homme qui s’en sort transformé, accompli.

 

Le dragon symbolise les quatre dynamismes (ou éléments dans les traductions habituelles) : métal,  eau, bois et feu (le 5ème la Terre est l’harmonie entre les 4). Animal ailé, il est comme l’air, il flotte ; ses écailles et sa longue queue en font un reptile terrestre, lourd comme un dinosaure, pouvant occuper les profondeurs de la terre. Il crache du feu et est aussi associé à l’eau dont il a la fluidité, il est l’âme de l’ondulation de la colonne vertébrale. D'Apparence animale, humaine ou les deux à la fois, les dragons se transforment en nuage ou en source, vivent dans les cieux ou dans les mers. Le dragon représente à la fois la capacité de transformation, et  d’association en lui des qualités des animaux : de l’oiseau, du tigre, du cerf, du singe, de l’ours,… . Il est l’esprit de l’alchimie interne, de l’immortalité.

  

Dans le salut la main droite qui ‘’flotte’’ sur et autour de la montagne, (la main verticale), et vient se fermer en poing contre elle, est le dragon. Par rapport à la montagne il représente le yin, le principe féminin. Le dragon représente la transformation.

 

Le Poing

qúyên

 

 quán

(caractère moderne)

 

La main est l’agent du dragon, c’est elle qui s’adapte, entre en relation, agit, transforme,  prolonge dans l’outil, dans l’arme…

 

Pour les deux caractères,  qúyên et thuát, la traduction classique, traditionnelle : art martial ; comparable à la traduction parue dans le numéro 1, du bulletin trimestriel de la fédération du Võ (11/10/1970) page 3, Võ thuát = ‘’art ou science du combat’’.

 

Avec la nuance, Võ recouvre l’ensemble des arts du combat alors que qúyên désigne l’art à mains nues. Main comme poing sont des images relatant le recours aux seules capacités du corps (membres, tête, épaules, corps entier, …).

 

Qúyên est traduit par boxe, combat, pugilat, il désigne le poing, la main, la paume, la griffe suivant les caractères auquel il est associé (poing de l'unité, griffe de jade, cinq paumes, main de fer …  ).

 

Dans le salut d’origine la main droite est ouverte et devient poing après avoir fait le tour de la Montagne !

L'Art

thuát

shù

 

(caractère traditionnel)

 

(caractère moderne)

 

Thuát, le terme le plus familier ? Quel motif peut bien pousser à donner une autre traduction que ‘’art’’ alors que c’est l’assentiment général ? Art, apparait comme le plus simple et pourtant le plus difficile à définir : à partir de quand la pratique devient de l’art ?

 

Faut-il souscrire aux définitions habituelles : chemin d’accomplissement pour l’individu, expérience par laquelle s’approfondit la connaissance de soi-même ? Est-il forcément une voie spirituelle, une entreprise de dissolution de l’égo, une quête de l’unité ? Juste la recherche, attentive ? Simplement, par la pratique, la réponse s’adaptant à chacun peut-elle se dégager ? La démarche construira à la fois le chercheur et la réponse.


Les Couleurs

Les couleurs complètent les messages délivrés par le symbole :

 

  • Le jaune a une connotation positive, anciennement couleur impériale, elle est associée aux idées de progrès, de bonheur, de réussite et d’évolution. C’est la couleur attribuée au centre, au ‘’dynamisme Terre’’ celui de l’équilibre et de l’harmonisation dans le système  wuxing (métal, eau, bois, feu, terre). La couleur jaune est également celle de la mutation. Parmi les 3 dieux chinois du bonheur, le troisième, celui qui dispense la longue vie est habillé en jaune. La montagne appelle à l’élévation dans la solidité, lorsqu’elle est jaune, couleur chinoise de la terre, elle invite à la mutation équilibrée vers la Longue Vie
  • Le rouge, en Asie, reste le symbole du bonheur et de la chance, couleur principale des activités de réjouissances populaires. Dans les légendes chinoises, le rouge est la couleur des dieux du soleil, du feu, du sang et de la guerre qui sont des forces masculines. Le rouge représente le feu intérieur, l’activité interne des organes, du métabolisme. Le rouge figure la vie, la force, le pouvoir et notamment ceux d’exorcisation et de bénédiction. Le roi des dragons des eaux, des 4 points cardinaux se nomme Chien Tang, sa couleur est rouge-sang. Le rouge ajoute, à la vertu de transformation du dragon, sa vitalité, sa combativité, ses pouvoirs.

 

Pour essayer d’être complet, précisons que le fond et le texte sont en noir, couleur du yang, symbole de force, d’autorité, et de noblesse ; couleur perçue comme élégante et prestigieuse. Cela peut être aussi, à la fois, la couleur de l’honnêteté, du désastre et de l’adversité.                                                                                                                                                                      

L’ensemble de la figuration est dans un anneau bleu, si l’anneau symbolise à la fois l’infinité et le tout, il est prudent de ne pas commenter le fait qu’il soit bleu car cette couleur en chine n’est pas considérée comme primaire et n’existe pas vraiment en tant que tel. Le bleu était primitivement associé à un nuancier qui va du gris foncé au vert en passant par le bleu – le caractère ancien quing recouvre cette palette utilisé pour décrire le ciel comme la mer. A moins que ce soit une référence à une teinte du jade, ce qui ajouterait les notions de sérénité, de méditation et de permanence.


Pour conclure

L’image symbolique, est porteuse de beaucoup d’informations, mais toute les interprétations qui ont été proposées ne sont pas nécessairement présentes consciemment, elles appartiennent au fond culturel asiatique, ce qui n’empêchent pas qu’elles puissent influencer l’approche de l’art symbolisé. 

 

Malheureusement à notre connaissance, l’origine de cette image symbolique n’est pas connue. A-t-elle été évoquée par le Maître ? D’où vient-elle ? Nguyen Duc Moc l’avait-il dans ses ‘’bagages’’ ? Apparaît-elle dès les prémices de la Fédération ?  Est-ce la marque de l’aide de Lettrés tel Le Docteur Nguyễn Khắc Viện ?     

     

Dans les archives, Són-Long Quyên-Thuât semble indissociable du symbole qui apparaît sur la couverture du journal n° 2 de septembre 1970, (nouvelle série de 4 journaux). A partir de 1972 il est porté sur les tenues.