Histoire de La Fédé du Võ Viêt Nam

L'histoire existe sous la forme qu'on la raconte

Essayer de rendre compte de l’histoire de la Fédération semble difficile. Les faits de l’Histoire ne posent pas de problème par contre l’itinéraire de son fondateur, Nguyen Duc Moc est compliqué à retracer car il a donné au fil des années des versions différentes pour les mêmes évènements, (date de naissance, cause de son engagement dans l’armée, période de l’immédiat après-guerre, récits de combats,…). Ensuite beaucoup de bonnes âmes ont, à leur tour, raconté, parfois pour se valoriser parfois enjolivant, parfois adaptant aux circonstances ces récits que le Maître avait plaisir à faire revivre.

 

Est-ce une tradition de l’Asie, pour l’avoir rencontré à plusieurs reprises, je me demande si le récit n’a pas une fonction plus symbolique que strictement descriptive du ‘’réel’’. N’a-t-il pas plus pour fonction de donner du sens, de l’idéal à l’histoire ? Cela me fait penser à la biographie d’un des plus grands Maîtres contemporains, du Chán, Thiền au Viêt Nam  (bouddhisme mahāyāna, nommé zen au Japon), Xuyun (nuage-vide, 1840-1959) qui après avoir connu l’éveil à 55 ans, songe à l’établissement de sa biographie lorsqu’il commence à enseigner 10 années après ; biographie plusieurs fois refaite (par lui, par ses disciples ?) et qui augmentera la durée de vie de 20 ans, par touches successives déjà de son vivant. Dans cette logique, quel est le plus important, la durée de vie réelle, ou la longévité augmentée, symbole de grande sagesse, qui vise à souligner une inlassable obstination à transmettre, envers et contre tout ?

 

L’ennui c’est que cela a un revers favorisant le colportage de fausses informations, d’illusions dont sont parfois friands les pratiquants empêtrés dans des fantasmes d’invincible superman, de quête de pouvoirs, de volonté et de puissance. 

 

A la veille de la seconde guerre mondiale (39-45) l’état français pour remplacer les hommes partis à la guerre et compléter son armée a réquisitionné en 1939 près de 100 000 ‘’Indochinois’’ – l’état refuse le retour au pays à une grande partie de ces hommes car le nord du Viêt Nam a proclamé son indépendance en 1945 et que ces hommes pourraient gonfler les rangs des indépendantistes. 

 

Ces hommes se sont retrouvés prisonniers, travailleurs forcés, militaires malgré eux. Certains d'entre eux s’organisent au sortir de la guerre, pour que leurs droits soient reconnus et respectés.

Pour percevoir l’esprit dans lequel Maître Nguyen Duc Moc transmettait le Võ Viet Nam Sơn Long Quyền Thuật il est indispensable de connaître ce qu’a été en France la vie des vietnamiens soit travailleurs requis soit militaires réquisitionnés. Il faut également avoir en mémoire le traitement réservé aux « indigènes des colonies françaises ».  Il ne faut pas oublier qu’en 1954 quand l’armée française quitte le Viêt Nam, c’est au tour des algériens de se trouver dans une situation analogue.

Naissance de la fédération du Võ Viêt Nam

Conditions de vie difficiles ; exposés à la méfiance à la discrimination, un certain nombre de vietnamiens s’organise dès 1947, en ‘’Rassemblement des émigrés Annamites en France’’ puis à partir de 1952 en Union des Vietnamiens pour toute la France, qui deviendra ensuite l’UGVF. Nguyen Duc Moc met son expertise au service de ces associations de solidarité.

 

Chez Renault où il est ouvrier, depuis 1948 semble-t-il, le racisme et l’agressivité en plus de la passion pour le Võ encouragent Nguyen Duc Moc à enseigner sa technique à quelques camarades de travail (vietnamiens, algériens, …) et à ses proches.  

En 1954 lorsque la guerre d’Indochine cesse, le contexte change et les associations vietnamiennes s’ouvrent au renforcement de l’amitié franco-vietnamienne, la pratique du Võ de Nguyen Duc Moc est une excellente opportunité. Avec le soutien de l’Union des Vietnamiens pour toute la France présidée par le Docteur Nguyen Khac Vien, Maître Nguyen Duc Moc fonde la Fédération du Võ Viêt Nam avec Ho Van Son, Vu Ngoc Vinh est également signataire – ce dernier jettera les bases du Vo Co Truyên Suresnes dans les années 1972, aujourd’hui associée au L'école Bao Long y Vo. Son fils, Frederic Vu continue l’enseignement de son père dans le club Son Lam Hac Ho.

 

La nécessité de résister demeure puisque l’armée américaine demeure au Viêt Nam jusqu’en 1974. La Fédération du Võ Viêt Nam prend sa part dans le soutien aux luttes d’indépendances et au développement de l’amitié entre les peuples, particulièrement ceux issus des anciennes colonies françaises.  C’est cet héritage qu’a fait vivre Maître Nguyen Duc Moc par son aide et sa collaboration avec l’Union Générale des Vietnamiens de France (UGVB) jusqu’en 1988 et perpétué depuis par l’association Võ Son Long animée par Philippe Bertec.

 

Maître Moc connaissait également les maîtres qui ont essayé de se réunir dans la première fédération de Viêt Võ Dao, Nguyen Dan Phu (1911-1999), Nguyen Trung Hòa, … et même Hoang Nam qui travailla quelques temps avec Nguyen Duc Moc qu’il reconnaitra dans l’introduction de son livre comme « un redoutable combattant ».

Nguyen Duc Moc déclina l’invitation de ces maîtres lorsqu’en 1975, ils l’invitèrent à la première démonstration de la Fédération de Viêt Vo Dao à Paris.

 

L’effervescence des années 1968 et l’intervention américaine au Viet Nam ont été le contexte du développement de la Fédération du Võ Viêt Nam, qui réunissait alors le plus grand nombre de pratiquants d’art martial vietnamien. De nombreuses salles s’ouvrent, Larbi Aït Abdel Malek, ancien collègue de travail du Maître, chez Renault, devient moniteur et développera en Algérie la plus puissante association pratiquant le Võ Viêt Nam de Nguyen Duc Moc. Il sera également à l’initiative de la naissance de la fédération suisse de Võ Viêt Nam. Dans les années 1970-1975, la fête du Võ dans la salle de la mutualité réunissait plus de 3000 personnes !

 

Larbi Aït Abdel Malek

 

1975, marque la fin de la guerre au Viêtnam mais aussi une période de grand changement de la société – le développement de la société de consommation, du chômage, et aussi l’apparition de la mode du Kung Fu, le développement du Karaté et d’autres arts martiaux d’origine vietnamienne.

 

Ces changements, et aussi le temps qui passe, conduisent des élèves du maître à prendre leur autonomie, Malek (1973) par la force de la distance et de son caractère, Claude Lemoine et François Landes car ils éprouvent la nécessité de prendre leurs distances (1979), René avec le Võ Saolim (1983) qui pense que le Saolim de Maître Maître Pong Chye Kim sur l'ile de Penang est le prolongement naturel du Võ de Maître Moc...

 

 

Quelques années plus tard ce sera le tour de ceux qui ont débutés les plus jeunes auprès de Nguyen Duc Moc qui était soucieux d’un style fluide, voire aérien. C’est naturellement ceux qui commencèrent l’entrainement autour de l’âge de 10 ans qui explorèrent cet aspect et surent dans des représentations-démonstrations révéler les valeurs artistiques de notre art. Ainsi Philippe et Thierry créèrent le Võ Dan Toc (1988). Une brochure éditée en 1986 à Hanoï « Traditional Martial Arts » les mentionne comme les 2 disciples seniors ayant en charge le développement de l’école du « Grand Maître Nguyen Duc Moc ».

 

 

 

 

 

 

Nos sources :

http://belleindochine.free.fr/ImmigresDeForce.htm  

https://www.herodote.net/1830_a_1962-synthese-43.php  

https://indomemoires.hypotheses.org/tag/seconde-guerre-mondiale       

http://www.travailleurs-indochinois.org/ 

http://vocotruyen.fr/maitre-vu-ngoc-vinh/   

http://www.travailleurs-indochinois.org/images/article-nguyen-dan-phu.pdf                                                                                 

http://histoirecoloniale.net/Les-travailleurs-vietnamiens-en-France-1939-1952-par-Liem-Khe-Luguern.html 

https://www.ldh-france.org/IMG/pdf/h_l160_actualite_4._memoire_des_travailleurs_forces_vietnamiens_en_france_.pdf