Les Saluts dans le Võ Viêt Nam

« Maintenant je vais vous montrer un excellent mouvement d’art martial. Prenant un bon équilibre, il ajouta :

 

– Faites comme moi. Il laissa tomber les deux bras, puis commença à plier le bras droit au coude, en levant la main. Je fis de même. Puis il étendit le bras en avant, dans ma direction. Je reproduisais chaque mouvement le plus précisément possible. Ce faisant, il tendit cette main et commença à serrer la mienne ! 

 

– Comment allez-vous ? dit-il en riant. Heureux de faire votre connaissance, soyons amis, voulez-vous ?

 

– lâchant sa main, je lui dis : cessez de plaisanter je suis sérieux.

 

– Moi aussi assure-t-il. C’est une de mes techniques préférées. Elle s’appelle ‘’devenir amis’’. Je l’enseigne toujours pour commencer. ». 

 

Extrait de « Le voyage sacré du guerrier pacifique », de Millman D. Paris 2005, J’ai Lu.  

 

 

Le Salut, LÊ

Entre 1976 et 1980 un des changements qui marque  la période de transition au sein de la Fédération du Võ Viêt Nam est le passage du salut traditionnel « LÊ BAI THO » au salut bouddhiste.

 

Le salut est le ‘’rituel’’ de début et de fin de l’enseignement – au sens de l’étymologie latine « ritus » qui signifie « usage, coutume, selon la règle » - en quelque sorte un engagement collectif de bon usage. Une sorte de mise en ordre.

                                                                                 

 

 

C’est en premier lieu un souhait, un « bon jour », signe de reconnaissance de l’autre, de l’intention de travailler ensemble, dans l’entraide.  

Le salut marque aussi l’entrée dans le lieu de la pratique, dans la pratique. Entrée dans un temps spécial où ensemble on se concentre, ensemble nous essayons de progresser, ensemble nous essayons de nous entraider avec désintéressement.

 

Le salut signe l’appartenance à une communauté de pratique, des ancêtres aux débutants du jour, il est un geste fédérateur.                        

 

Enfin au-delà du niveau relationnel, de l’acceptation de l’autre qui devient un partenaire, qui doit cesser d’être un rival, qui cesse d’être adversaire potentiel, voire un possible ennemi, le salut nous lie à l’histoire de notre art, nous relie à ceux qui se sont succédés pour assurer la transmission.

 

Le salut exprime la gratitude au fondateur, au Maître, à l’instructeur du moment.

 

Le salut est conscience de tous ceux qui autorisent la pratique, des parents aux inconnus chargés d’intendance, d’entretien, de sécurité…

 

Le salut est reconnaissance de l’interdépendance de tous. Le salut présente un intérêt pratique, celui de se tenir à distance ce qui évite d’offrir une vulnérabilité ; il évite également un contact dont un excès de fermeté pourrait offenser celui à qui le respect est présenté.                                                 

C’est surtout l’ouverture d’une ‘’cérémonie’’ qui maintient l’éternité de l’enseignement, de ceux qui nous ont précédés, et qui fait vivre ce que notre pratique a d’éternel.

Les formes des Saluts

Du début aux environs de 1978 : la paume qui couvre le poing.

 

Le salut pratiqué était celui, traditionnel, de la « main enveloppée » qui se retrouve tant dans les styles externes, qu’internes. Probablement une très ancienne salutation, réactivée par l’opposition entre les Ming (Han) et les Qing (Mandchou) à la fin du XVIIème siècle. Elle est devenu le symbole des présentations entre adeptes d’arts martiaux, associé, abusivement par certains, au seul courant Shaolin. Dans les arts martiaux japonais cela signifie aussi la paix 平和 Heiwa (main ouverte) recouvrant la guerre 武 Bu (le poing). Tout cela est signifié par la paume qui couvre (arrête) le poing.

 

La main gauche ouverte symbolise la connaissance, l’adaptation, la transformation. La lune, la Terre et le principe de fertilité lui sont attribués. Le pouce est légèrement rétracté et replié comme s’il retenait une feuille de papier contre le bord de la paume, il représente l’individu et exprime de cette façon l’humilité. Pour les pratiquants du Võ Viêt Nam elle représente la Montagne jaune.

 

Le poing droit fermé symbolise la force, la combativité, la détermination. Le Soleil, le Ciel et le principe fécondant lui sont attribués. L’extrémité du pouce est repliée sur les doigts fermés, représentant l’individu solidaire des autres combattants. Pour les pratiquants du Võ Viêt Nam elle représente le Dragon rouge, qui tournant autour de la montagne se transforme, de main ouverte en poing, elle s’arme.                                                                                                                                                           

Cette disposition des différentes parties des mains contribuent à la prise de conscience du fonctionnement de la main et à structurer solidement les mouvements.

 

L’exécution du salut peut également devenir une pratique de travail du souffle.

 

 

 

Ce salut est celui des résistants Ming (Han) contre l’envahisseur et despote Quing (Mandchou) qui l’utilisaient pour se reconnaître dans la seconde partie du XVIIème siècle. Pour beaucoup de vietnamien, la Chine est depuis des siècles un envahisseur périodique, aussi la main représente l’envahisseur potentiel, le poing figure la résistance du peuple vietnamien ; le salut signifie son indomptabilité et l’esprit de résistance.

 

 

Après 1980

 

Entre 1976 et 1980, un des changements qui marque la période de transition au sein de la Fédération du Võ Viêt Nam est le passage du salut traditionnel « LÊ BAI THO » au salut bouddhiste.

 

 

Pendant au moins 30 années il n’y a eu que le salut « main enveloppée ». Il demeure cependant ensuite, après le salut Bouddhiste, au début des Thão 1 à 3 et 5.

                                 

Peut-être l’effet d’une influence extérieure, fin 1974-début 1975 Maître Nguyen Duc Moc retourne au nord du Viêt Nam qu’il n’avait pas revu depuis 45 années. Deux à trois années après, Nguyen Duc Moc  introduit dans son programme, inchangé depuis plus de vingt années, le « 1er thão Bouddhiste ».

 

Interviendra un peu plus tard l’adoption du salut Bouddhiste comme salut d’ouverture et de fermeture de séance. L’esprit de résistance serait-il devenu moins d’actualité ? Pourtant le Bouddhisme Thiền a été exemplaire en la matière.